Ne nous arrêtons pas en si bon chemin

Nous avons vécu un moment formidable : dans un moment assez rare de l’histoire de l’humanité, la protection de la vie a pris le pas sur toutes les autres considérations. Pendant 2 mois tout s’est figé, et les impératifs de la vie sociale, de l’économie, de « poursuite du développement » ont été remisés au second rang.

Placer le vivant et le bien commun avant la recherche du profit et l’individualisme est un progrès. C’est aussi le signe que les temps changent.

La mise en pause générale nous a fait imaginer des réponses nouvelles à tous niveaux. Nous avons modifié notre façon de travailler en accélérant la transformation numérique des activités, en déployant le télétravail à chaque fois que c’était possible. Nous avons maintenu le lien social avec des apéros de balcon à balcon ou par écrans interposés, nous avons même généralisé une nouvelle formule de politesse en fin de courriel : « prenez soin de vous » !

Ce virage inattendu et pris dans l’urgence s’est parfois fait de façon un peu chaotique, mais il est désormais acquis. L’heure du « monde d’après » est venue. Maintenant que l’heure est venue de nous retrousser les manches pour repartir, si nous faisions le pari de conserver le paradigme qui a été le nôtre depuis mi-mars : Faire du principe de préservation du vivant la clé de notre futur, y compris dans l’entreprise ?

Beaucoup disent depuis longtemps que c’est nécessaire, pour relever l’ensemble des défis écologiques, économiques et sociaux de notre temps. La crise sanitaire et sa sortie sont l’occasion de montrer que c’est possible.

Le Classique du Changement chinois, le Yi Jing, évoque l’image du Tonnerre dont la violence du choc donne l’occasion d’une mise en route. Passée l’étape de la sidération, il s’agit de profiter de l’impulsion pour changer concrètement et durablement. Aussi, profitons du choc que nous venons de subir pour changer, en suivant la voie qu’il nous a ouverte : mettre le vivant avant tout.

Je vous propose de voir comment, dans les 3 étapes qui attendent dans le monde de l’entreprise : la remise en route, la traversée de la crise qui vient, et la vision à plus long terme.

Repartir

Comment recréer la cohésion entre des collaborateurs dont certains ont travaillé sur site, d’autres ont été placés en chômage technique et d’autres encore ont télétravaillé, dans des conditions plus ou moins confortables. Chacun a vécu une expérience existentielle forte qui a pu prendre de multiples facettes : la peur et la tristesse de la maladie, voire du deuil ; la joie ou l’angoisse d’une réflexion personnelle à l’occasion d’une retraite forcée ; la fatigue de journées passées à jongler entre télétravail, accompagnement des enfants et intendance familiale.

Certains ont pu s’épanouir en contribuant au collectif, comme coudre des masques pour les soignants, quand d’autres peuvent avoir le sentiment d’avoir perdu leur temps ou d’avoir été submergé par les difficultés.

C’est le défi qui attend dirigeants et managers. Vous allez devoir recréer du lien, écouter, gérer des énergies de toutes sortes et des éventuels traumatismes pour réaligner chacun autour d’un objectif partagé.

C’est en écoutant, en libérant la parole, en collectif ou individuellement que vous pourrez accueillir, accompagner, et remobiliser dans un cadre qui respecte chacun dans ce qu’il a traversé, dans les enseignements qu’il en tire, dans les attentes qu’il exprime.

Affronter les temps incertains

C’est une évidence : les temps qui viennent seront difficiles à traverser pour la quasi-totalité des secteurs économiques et sans doute pour quelques années. L’agilité et l’innovation seront déterminantes alors que nous allons piloter à vue, dans une crise systémique qui émerge et dont personne ne connaît les contours, ni la profondeur.

Comment capitaliser sur les ressources vivantes de l’entreprise pour construire une organisation et des équipes agiles et résilientes ? En premier lieu, en vous donnant les moyens de tirer les enseignements de ce que vous avez vécu. La période a révélé des attentes, des besoins, des idées, des propositions. Des innovations et des bonnes pratiques ont vu le jour, qu’il faut conserver. Il faut poursuivre cet élan en termes d’organisation et de management, autour de la digitalisation, du management à distance, de l’autonomie, de l’accomplissement individuel et collectif.

Le bilan et la construction du plan d’actions sont à lancer rapidement. Et son pilotage devra être assez souple pour pouvoir ajuster le cap au fur et à mesure des turbulences que nous allons traverser.

Redéfinir le sens et la raison d’être

À plus long terme, c’est la question de la finalité de l’entreprise qui est posée. Une relecture stratégique va s’imposer pour placer cette priorité au vivant au cœur du projet entrepreneurial. Elle, et elle seule, vous garantira que les équipes trouveront le sens, que les collaborateurs pourront déployer leur créativité pour imaginer et déployer des réponses innovantes, que les clients continueront à vous faire confiance.

Nous avons tous constaté à l’occasion de la crise sanitaire que les démarches RSE n’étaient pas toujours la garantie d’un comportement vertueux. De ce point de vue, la RSE de première génération est obsolète et il est temps d’aller plus loin. Ce n’est d’ailleurs pas tant la question du cadre juridique, comme par exemple la société à missions, que la traduction concrète et quotidienne, à tous les niveaux, de cette ambition.

Là encore, les réflexions doivent s’engager sans tarder pour profiter de l’impulsion qu’a provoqué le choc de la crise sanitaire et du confinement.

Vouloir retrouver « le monde d’avant » est une erreur, rêver un « monde d’après » idyllique est une illusion incantatoire. Seul existe le monde d’aujourd’hui, seule compte l’énergie que nous sommes prêts à engager pour le transformer au service du vivant.

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